Santé et salubrité

Description de l'enjeu

La santé d’un individu ne se résume pas à l’absence de maladie. Elle dépend de déterminants immuables que sont le sexe, le bagage génétique et de plusieurs autres facteurs modifiables qui sont à l’origine des inégalités sociales de santé (ISS): l’environnement, le niveau de revenu, la scolarité, les politiques de santé, l’accès au système de santé, les comportements individuels, l’emploi, les facteurs psychosociaux et le réseau social d’une personne.

Contexte urbain et santé
Les inégalités sociales de santé (ISS) sont donc, selon le Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé de Montréal, «des écarts, pourtant évitables, entre hommes et femmes, entre groupes socio-économiques et entre territoires, qui ont un impact sur de nombreux aspects de la santé des populations». Le concept d’ISS réfère plus exactement à des facteurs indépendants du système de santé, c’est-à-dire aux conditions, aux modes de vie et aux habitudes de vie des personnes. Ainsi, pour faire l’évaluation de la santé globale d’une population, on doit tenir compte du contexte urbain global, ainsi que des caractéristiques du milieu de vie et de la population qui peuvent avoir un impact sur la santé globale d’un individu, d’un ménage ou d’une collectivité.

«Mieux vaut être riche et en santé…»
La différence entre l’espérance de vie moyenne des populations de quartiers défavorisés et celle dans les quartiers les plus nantis de la métropole est un des indicateurs les plus révélateurs des ISS à l’échelle de la ville. À l’intérieur d’un même territoire, soit celui du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Jeanne-Mance, l’espérance de vie sur le territoire du Centre local de services communautaires (CLSC) des Faubourgs est de 69,7 années alors qu’il est de 78,0 années dans Saint-Louis-du-Parc (ASSS de Montréal, 2008). Le constat n’est pas nouveau, les mieux nantis sont en meilleure santé que les plus pauvres. C’est pourquoi, à partir des nombreuses données recueillies et/ou analysées par l’ASSS de Montréal, il est démontré que pour réduire les inégalités sociales de santé, il faut aussi agir sur les déterminants de pauvreté.

Des pistes pour l’intervention
En général, les mesures et initiatives pour lutter contre les ISS ne sont pas regroupées sous un même chapeau. On agit sur les différents aspects de ces inégalités sous le couvert de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et par des interventions dans le réseau de la santé et des services sociaux de l’île. Selon Ridde (2004), il faudrait que ces interventions soient moins traditionnelles (technocratiques) et plus avant-gardistes (communautaires). Par exemple, les objectifs fixés par les institutions responsables devraient être sensibles aux écarts entre les sous-groupes socio-économiques, géographiques, de genre, ethnique, etc.

Recommandations : des actions intersectorielles
Selon la Direction de santé publique de Montréal, on doit organiser une action intersectorielle par des partenariats entre le système de santé et de services sociaux, la municipalité, les autres paliers gouvernementaux, les organismes communautaires et les autres acteurs de la société civile. Pour y arriver, la DSP suggère une approche axée à la fois sur l’environnement et les habitudes de vie, une approche intégrée de prévention pour les parties de la population les plus à risque et l’amélioration des services préventifs. Elle ajoute qu’on doit procéder à une allocation des ressources qui tient compte des clivages observés entre les secteurs de l’île. À cet égard, on peut déjà observer des approches intégrées pour lutter contre les ISS, et ce, à différentes échelles d’intervention :

  • L’équipe montréalaise de l’initiative Québec en forme a pour mission de contribuer à favoriser, par le soutien de Projets de mobilisation de communautés locales, l’adoption et le maintien d’une saine alimentation et d’un mode de vie physiquement actif chez les jeunes montréalais, de la naissance à 17 ans inclusivement. Sa démarche est intégrée dans la mesure où elle s’appuie sur les principes suivants :
  1. l’importance d’investir sur les déterminants en santé
  2. la nécessité de recourir à des approches globales qui combinent plusieurs stratégies
  3. l’importance d’accroître la capacité individuelle et collective relativement à la santé et au bien-être.
  • À Saint-Michel, le mouvement de concertation intersectorielle et multiréseaux Vivre Saint-Michel en Santé agit pour l’amélioration de la qualité de vie du quartier et le développement social et économique de sa population. Dans cette approche intégrée de développement social, un des objectifs consiste à travailler à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie des résidents et des résidentes du quartier Saint-Michel.
  • À plus petite échelle, la Fondation du Docteur Julien fait la promotion de la pédiatrie sociale qui mise sur une approche globale de la santé des enfants en milieu urbain. Deux centres de pédiatrie sociale sont directement associés à la Fondation du Dr Julien. Le centre d’Assistance d’enfants en difficulté (AED), qui est situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, et le Centre de services préventifs à l’enfance (CSPE), qui vient en aide aux familles et aux enfants du quartier Côte-des-Neiges à Montréal. La Fondation estime que l’approche de la pédiatrie sociale en communauté se concrétise en un modèle d’intervention sur le terrain, qui s’enracine localement tout en visant une action globale qui fait une réelle différence.
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