Philippe Poullaouec-Gonidec :: visionnaire des villes

À l’aube du 375e anniversaire de Montréal, l’architecte du paysage et du paysage urbain Philippe Poullaouec-Gonidec s’enthousiasme toujours lorsqu’il parle de sa ville d’adoption. «C’est une métropole où l’on se sent bien, où les quartiers sont autant de villages et qui donne l’impression que la ville s’étend à l’infini. 375 ans, c’est tellement jeune par rapport à une ville comme Rome. Elle est donc moins empêtrée dans l’histoire – il est possible, lorsqu’on gratte le sol, de percevoir la matrice originelle du site, et d’y observer ses mouvements migratoires. Pourtant cela reste un lieu calme, une ville où il fait bon vivre.», affirme le titulaire de la Chaire Unesco en paysage et environnement de l’Université de Montréal.

Ce fils de capitaine, formé en architecture du paysage, vit depuis 30 ans dans la métropole, l’étudie et participe même à sa transformation. Le chantier «Montréal, ville UNESCO de design» (2009-2013), dont il a été coproducteur a montré l’existence de nombreux talents et de créativité en matière de design. Ce qui le pousse à dire que Montréal se place dans la cour des grands en matière d’architecture urbaine, avec une vision originale particulièrement dans la jeune génération.

Des villes et des prix
Près de 70% de la population mondiale vit en ville et une personne sur 5 vit dans une métropole de plus d’un million d’habitants. Les villes étouffent et subissent une forte densification. «Les villes vivent différents problèmes liés au phénomène de mondialisation. Tout le monde désire le même confort, les villes sont surpeuplées. Qu’elle soit du Nord ou du Sud, cette urbanisation effrénée apporte son lot de problèmes, dont la pollution», relève le spécialiste reconnu du paysage urbain.

Les projets de paysage du campus de l’Université de Sherbrooke, la Place Berri et le Faubourg Québec lui ont valu de précédents prix d’associations professionnelles. En 2005, Philippe Poullaouec-Gonidec a reçu le Prix Trudeau pour sa pensée innovante en architecture de paysage, la portée de ses réalisations scientifiques et son apport à la société et la même année, il a reçu les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres de France.

Philippe Poullaouec-Gonidec vient de recevoir une autre récente consécration, le 1er prix interaméricain d’innovation éducative de l’Organisation universitaire interaméricaine pour la mise en place des ateliers WAT_Unesco. «C’est la rencontre d’une quarantaine d’universitaires de partout – Maghreb, Amérique du Nord, Asie, etc.- dans une ville du monde. Durant deux semaines, ils vont travailler en équipe pour améliorer une zone délaissée ou un problème d’aménagement. Ces 10-12 visions seront ensuite léguées à la ville, comme autant d’outils pour mener à la mise en place d’un plan d’urbanisme ou à une chartre des territoires et des paysages, comme à Madhia en Tunisie», explique l’architecte paysagiste. Le premier atelier s’est déroulé à Marrakech en 2004 et le dernier à Binzhou en Chine en 2014.

La jeune génération

Dans le cadre de la Chaire Unesco en paysage et environnement, Philippe Poullaouec-Gonidec dirige et anime un réseau de coopération de plus de 20 institutions universitaires réparties dans six régions du monde. Un pôle qui joue un rôle de «groupe de réflexion» et de «bâtisseur de passerelles» entre le monde académique, la recherche et la société civile.

Entre le Nord et le Sud, il propose à des étudiants des rencontres, des expérimentations et de confronter leur savoir et leur identité. «Chacun arrive avec son regard propre, son savoir, sa culture. Et les échanges se font avec un crayon à la main. Les jeunes partagent parfois des conceptions du monde et de l’aménagement très différents», raconte l’expert.

Ici même, à Montréal, les jeunes architectes paysagers se sont penchés sur le corridor autoroutier (A20) qui relie l’aéroport Montréal-Trudeau au centre-ville de Montréal. Un axe d’entrée terne et sans identité. «C’est le regard de la jeune génération d’ailleurs sur une zone délaissée. Ces visions peuvent donner des idées aux gestionnaires et aux élus pour reconfigurer des aménagements urbains plus défaillants, pour mieux passer à l’action», note M. Poullaouec-Gonidec.