Le Carrefour d’éducation populaire de Pointe-St-Charles :: l’alphabétisation tatouée sur le coeur

Apprendre à lire, écrire et compter, mais sans stress et à son rythme, c’est ce que propose le Carrefour d’éducation populaire de Pointe-St-Charles. Cette éducation populaire autonome rayonne à travers toutes les activités du centre, de la cuisine aux ateliers d’informatique en passant par la halte-garderie et les sorties extérieures.

«Depuis 5 ans, nous avons beaucoup de jeunes femmes africaines qui veulent se faire une vie et profite de la halte-garderie pour venir apprendre à lire et à écrire. Elles voient ça comme un droit et non une honte, cela démystifie beaucoup les ateliers pour les autres», explique Hélène Deslières, la responsable du secteur Alphabétisation du Carrefour.

Depuis les débuts de l’organisme, il y a 45 ans, ce secteur accueille des personnes avides d’apprendre à lire et à écrire afin de pouvoir défendre leurs droits et participer pleinement à la vie sociale de leur ville. C’est souvent grâce au bouche à oreille que les participants s’inscrivent à une première activité du carrefour, puis vont suivre un atelier d’alphabétisation.

Cuisine Alpha
Depuis une dizaine d’années, un groupe de «cuisine alpha» lie cuisine et alphabétisation. «Du choix des ingrédients dans les circulaires aux choix des recettes, avec le calcul des portions, toute la planification de la cuisine collective repose sur une appropriation des habiletés de lecture et d’écriture, tout comme le volet alimentation santé et l’éducation aux bonnes habitudes alimentaires», résume la responsable.

Ateliers
Trois ateliers multi-niveaux en alphabétisation accueillent les participants afin de développer ces habiletés essentielles. De la reconnaissance des sons au langage intégré en passant par les premiers pas de l’écriture autonome, les groupes de 8 à 12 personnes restent très proches de la réalité des personnes qui les fréquentent. «On travaille beaucoup avec le terrain de la vie : le logement, la famille, etc. L’intégration de nouveaux mots va correspondre à se qui se passe sur le moment, les discussions et le partage du vécu», détaille encore Hélène Deslières.

Contre l’exclusion numérique
Carrefour de ressources et de références, mais aussi tremplin vers l’apprentissage académique, l’organisme collabore avec d’autres organismes en éducation pour adultes ou en francisation, tels que le Projet l’Informel ou les écoles du quartier. Le Carrefour propose également des ateliers d’informatiques, en groupe ou en individuel, pour apprendre à repérer les lettres sur le clavier, apprivoiser l’ordinateur et ses logiciels, mais aussi les courriels et les réseaux sociaux.

«Il faut lutter contre l’exclusion numérique, sans compter que bon nombre de nos participants ont de la famille lointaine et cela leur permet de rester en contact avec eux», soulève la responsable.

Au centre du quartier
Financé et logé par la CSDM, le Carrefour d’éducation populaire de Pointe-St-Charles est toujours menacé d’expulsion. Une large mobilisation citoyenne – «Sauvons le Carrefour d’éducation populaire» – a débouché sur un accord. Le bail, renouvelé pour une année en mai 2015, et ensuite pour une autre année en mai 2016, met toutefois l’organisme dans une situation d’incertitude année après année.

«Nous cherchons encore des solutions avec le gouvernement. Nous tenons à rester ici, nous sommes au centre du quartier. Les bâtiments publics devraient avoir avant tout une mission publique», ajoute Hélène Deslières.

Milieu de vie et milieu d’apprentissage, l’organisme est installé au cœur du quartier, proche du métro et des résidents. Niché dans Pointe-St-Charles – cet ancien quartier ouvrier forme l’arrondissement Sud-Ouest de Montréal, avec les quartiers de Petite-Bourgogne, Saint-Henri, Ville-Émard et Côte-Saint-Paul –, il dessert une population très pauvre et peu éduqué, 50% de la population vit sous le seuil de faible revenu et 43% des plus de 20 ans n’a pas de diplôme secondaire (Action-Gardien).