Chameran :: une mini-bibliothèque au cœur d’un chalet de parc

À Saint-Laurent, dans le quartier multiculturel de Chameran, petits et grands n’ont qu’à se rendre au chalet du parc voisin pour emprunter livres, films ou jeux. Une bibliothèque dans un chalet de parc, comment est-ce possible?

Bibliothécaires dans la communauté
Maram, âgée de 11 ans, et sa grande amie Amira, 12 ans, se rendent à la Mini-bibliothèque de Chameran plusieurs fois par semaine depuis mars 2015. Elles y sont accueillies par Louise-France Beaulieu et Anamaria Danila, qui exercent la fonction de «bibliothécaires dans la communauté». Celles-ci connaissent bien les deux fillettes, qui adorent emprunter de grosses piles de livres et les emporter chez elles, tout près, dans le quartier Chameran. Composée majoritairement de nouveaux arrivants, la population du secteur compte 15 000 habitants, dont le tiers est âgé de moins de 25 ans.

Lorsqu’on pénètre dans la Mini-bibliothèque, on a peine à croire que, durant les mois d’été, ce petit local est celui des sauveteurs de la piscine du parc Painter où est situé le chalet. Grâce à la créativité des bibliothécaires et à l’ingéniosité des cols bleus de Saint-Laurent, la pièce décorée de fleurs et d’accessoires éclate de couleurs.

Créativité et débrouillardise
Mais comment se fait-il qu’une bibliothèque se retrouve dans un chalet de parc? Andrée Tremblay, chef de division à la culture et aux bibliothèques de la Ville de Montréal, nous a expliqué l’historique de ce projet si inspirant.

Disparition du Bibliobus
À la fin de 2014, son équipe apprend la fin du service du Bibliobus interarrondissements qui, depuis 2010, desservait le secteur Chameran et comptait plus de 600 jeunes abonnés. Branle-bas de combat, il faut vite trouver une solution pour continuer à alimenter ces lecteurs! L’idée viendra de Denis Roy, un gestionnaire de l’Aréna Raymond-Bourque et des installations extérieures à Saint-Laurent : le local des sauveteurs de la piscine du parc Painter est vide neuf mois sur douze. Pourquoi ne pas s’y installer? Le concept séduit tout de suite et fait rapidement son chemin.

Création d’une mini-bibliothèque

«Après seulement deux mois de travail, la Mini-bibliothèque était prête», explique fièrement Abir Ossman de la Bibliothèque du Boisé. «Comme notre budget était minime, tout le monde a fait preuve de beaucoup d’ingéniosité et s’est débrouillé avec les moyens du bord.» Ainsi, les 3 000 livres, jeux et documents proviennent de la Bibliothèque du Boisé et de celle du Vieux-Saint-Laurent. Les meubles ont été trouvés à droite et à gauche. Louise-France et Anamaria, les bibliothécaires dans la communauté se sont aussi découvert des talents de décoratrices et de bricoleuses.

Le succès n’a pas tardé, dès le projet pilote commencé en mars 2015. «Nos objectifs de fréquentation sont atteints, mentionne Louise-France Beaulieu, puisque nous avons en moyenne 300 transactions par semaine, alors que la Mini-bibliothèque est ouverte durant une douzaine d’heures seulement par semaine.»

Lecture et émerveillement
Ce sont en majorité des jeunes qui fréquentent le local. «Il faut voir l’émerveillement des enfants qui entrent ici pour la première fois, que ce soit les tout-petits des CPE ou même les grands des écoles du quartier», raconte Anamaria. Elle se souvient avec attendrissement de la petite Hanan, âgée de 5-6 ans, qui a fabriqué un livre elle-même avec quelques feuilles de papier qu’elle a coloriées. La fillette a déposé son chef-d’œuvre à la Mini-bibliothèque, comme un vrai auteur, et son ouvrage a même été emprunté par un jeune usager!

Et la suite?
Quelle que soit leur taille, les bibliothèques constituent un service de proximité très apprécié de la population. Saint-Laurent souhaiterait répéter l’expérience ailleurs dans l’arrondissement, peut-être selon une formule différente. À Montréal, il s’agit de la première mini-bibliothèque installée dans un chalet de parc. Gageons que le concept saura inspirer d’autres arrondissements…