Le déneigement d’hier à aujourd’hui

L’hiver, le déneigement est le thème de prédilection des Montréalais. En fait, c’est un sujet de conversation qui remonte d’aussi loin que la fondation de la Ville de Montréal en 1642.

Au 18e siècle
À l’époque de la Nouvelle-France, il n’y avait pratiquement aucune circulation les jours et les lendemains de tempêtes. La plupart du temps, les citoyens repoussaient la neige au milieu de la rue.

En 1747, le lieutenant général Guiton de Monrepos mentionne que les rues étaient impraticables parce qu’elles étaient encombrées «de buttes et hauteurs formées par les neiges.»neige-trappeur

Les années suivantes, il revient constamment à la charge avec des ordonnances obligeant les citoyens à enlever la neige sans la rejeter dans les rues. C’est peine perdue. Bref, il est plus facile de se déplacer en raquettes.

Sous le régime anglais, aucun changement notable ne survient sauf en 1796, alors que les soldats britanniques en garnison à Montréal sont chargés de déneiger. On retrouve aussi le grand voyer, responsable des chemins, qui reçoit l’autorisation d’engager 24 hommes pour nettoyer les voies de communication dans les faubourgs de la ville.

Au 19e siècle
Tout d’abord, la neige n’est pas ramassée, mais plutôt tapée. Chaque citoyen est responsable de déneiger le trottoir devant sa maison et souvent la voie publique. En 1841, les citoyens doivent faire en sorte qu’il n’y ait pas plus de 2 pieds de neige devant leur maison 24 heures après la tempête. L’année suivante, les trottoirs ne doivent pas avoir plus de 4 pouces de neige.

Durant la décennie suivante, en vertu d’un règlement municipal, les citoyens doivent enlever la neige des trottoirs une heure après la fin de la chute ou avant 9 h pour celle tombée la nuit. Ces règlements sur l’enlèvement de la neige sont difficiles à mettre en application. Les plus délinquants sont les riches Montréalais qui souhaitent que la Ville s’en charge et impose une taxe. L’administration montréalaise est en désaccord, car elle considère que ce serait pénaliser les citoyens les plus pauvres qui eux déneigent.
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À la fin du 19e siècle, le déneigement des rues prend un tournant avec l’arrivée du tramway électrique en 1892. Auparavant, lorsque les tramways étaient tirés par des chevaux, la compagnie de tramways abandonnait ses rails l’hiver pour utiliser des traîneaux.
La compagnie est responsable de l’entretien des rues où passent ces tramways. On utilise ainsi des tramways avec une pelle avant et des véhicules munis de balais pour nettoyer les rails.

Prise en charge
En 1905, la Ville décide de prendre en charge l’enlèvement de la neige sur les trottoirs dans les quartiers Est, Centre et Ouest (le Vieux-Montréal actuel). Cinq ans plus tard, le tout est étendu à l’ensemble de la ville. À cette époque, la Ville achète 24 charrues (ou chasse-neige).
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Quand la neige commence à tomber, un grand nombre d’hommes se dirigent à l’hôtel de ville dans l’espoir d’être engagés à 25 cents de l’heure. Ceux qui sont engagés, la plupart du temps par patronage, se dirigent vers la rue qui leur a été désignée avec leur pelle. La neige qu’ils recueillent est déposée dans des bennes à neige tirées par des chevaux.

La mécanisation
L’importance grandissante de l’automobile va obliger les gouvernements à favoriser une meilleure circulation. On expérimente le déneigement des grandes routes dans la région de Montréal durant l’hiver 1928-1929. En 1932, toutes celles de la région montréalaise sont déneigées.

C’est à la fin des années 1920 et durant la crise des années 1930 que la Ville de Montréal achète des chasse-neige ou «charrues» motorisés. Toutefois, ces décisions donnent lieu à de grands débats au sein du conseil municipal. Certains conseillers croient que les services de voirie offerts aux citoyens seraient meilleurs si Montréal avait ces véhicules dont certains seraient adaptés aux trottoirs.

Par contre, d’autres s’y opposent en affirmant que ces appareils mettent en péril «l’ouvrage aux chômeurs hivernaux» en pleine période de crise économique. N’oublions pas qu’à cette époque une grande partie du déneigement se fait « à la mitaine ».

Arthur Sicard et son invention
Arthur Sicard est le génial inventeur de l’engin qui a modifié nos rapports avec l’hiver : la souffleuse. Il est né à Saint-Léonard en 1876 et son invention date de 1925.

Deux ans plus tard, la ville d’Outremont lui commande son premier appareil au moment où la Ville de Montréal fait l’essai de ce que l’on désigne aussi sous le nom de «charge-neige automatique».neige-enfants

En 1928, Montréal fait l’achat de 2 souffleuses de l’industriel Sicard pour ses quartiers éloignés. Sa firme est alors installée dans le quartier Maisonneuve sur la rue Adam avant de déménager au 1805, rue Bennett. Arthur Sicard meurt en septembre 1946, mais plusieurs générations d’enfants ont été marquées par les souffleuses. Ces enfants pouvaient se lever la nuit pour voir passer ces véritables attractions.

Il y aurait tant à dire pour les décennies 1940 à 1970, car le déneigement y prend son plein essor avec les souffleuses et les chasse-neige Sicard ainsi que les chenillettes Bombardier. Par contre, il arrivait encore fréquemment que les rues secondaires ne soient pas ouvertes avant plusieurs jours comme on peut le voir sur la rue Saint-Philippe à Saint-Henri en 1972.

Dans les archives de la Ville de Montréal, on peut retrouver d’innombrables documents sur l’histoire de déneigement à Montréal, un sujet très riche, mais qui attend toujours son historienne ou son historien.

Iconographie
 Chasse-neige ou charrue, années 1930, Archives de Montréal, VM94-Z99-1
 Trappeur, début du 19e siècle, Archives de Montréal, BM99-1_01P196.
 Tramway à chevaux, photo d’Edgar Gariépy, avant 1892, Archives de Montréal, 
 BM42-G1048.
 Chasse-neige motorisés, 1930, Archives de Montréal, VM94-Z38-2.
 Rue Saint-Philippe, 1972, Archives de Montréal, VM94-A0724-023.