Dépanneurs santé :: Une pomme avec ça?

Inspirée par l’initiative Healthy Corner Stores de Philadelphie, un projet montréalais de dépanneurs santé explore la possibilité d’offrir des fruits et légumes frais dans les dépanneurs. «À Philadelphie, c’est très inspirant. Près de 600 magasins engagés, les Healthy Corner Stores, parviennent à améliorer l’offre de proximité», relève Caroline Marier, du bureau du Directeur de santé publique de Montréal.

Depuis deux ans, la Direction de santé publique de Montréal, Québec en forme, CRÉ/Concertation Montréal, la Ville de Montréal et le MAPAQ y songent. Le mandat d’une étude de faisabilité et d’un plan d’affaires en vue d’améliorer l’offre en fruits et légumes frais dans des secteurs défavorisés et mal desservis de Montréal avait donc été confié au réseau des Corporations de développement économique communautaire (CDEC). Suite à une récente restructuration, le Carrefour alimentaire Centre-Sud devient le nouveau porteur du projet pilote.

Des fruits au dépanneur
Deux dépanneurs expérimentent déjà ce virage santé en proposant, à côté de leur comptoir, un étal de pommes, courges, oignons, etc. «La clé est la collaboration des commerçants. Il doivent être prêts à jouer ce rôle-là de promoteur d’aliments santé», soutient Mme Marier.

Des initiatives sont en cours dans Centre-Sud, Bordeaux-Cartierville, Lachine et St-Henri. Déjà se dessinent quelques défis touchant l’approvisionnement de fruits et légumes frais et périssables, l’aménagement des étalages et la langue des commerçants. «Un interprète est parfois nécessaire, car les dépanneurs sont des commerces tenus par de nombreuses personnes issues des communautés ethniques», rappelle Mme Marier.

Consommer plus de légumes
Réalisée pour cinq zones de Montréal défavorisées en offre alimentaire santé (Cartierville, Frontenac, Hochelaga-Maisonneuve, Lachine et Saint-Henri), l’étude dresse le portrait des consommateurs les plus susceptibles de bénéficier des dépanneurs santé. Sur les 71 500 ménages, ou 140 000 personnes, il s’agit généralement de locataires sans auto, célibataires, personnes âgées ou des familles.

En se penchant sur les habitudes alimentaires de ces ménages, on remarque que les légumes sont généralement achetés dans les grosses épiceries (IGA, etc.) en même temps que les autres produits. Les fruits les plus achetés sont les bananes, les pommes et les oranges. Pour les légumes, l’éventail est plus large – carotte, salade, tomate, brocoli, etc. – mais assez conventionnel. Le coût et la moindre accessibilité sont les deux facteurs d’influence pour l’achat des légumes frais. Selon l’étude, 33% des répondants disent cependant qu’ils aimeraient en acheter plus souvent.

«Une ville et des quartiers qui favorisent l’accès aux aliments santé et leur consommation : Programme de soutien aux initiatives locales 2013-2018», Caroline Marier et Lise Bertrand, Publication Direction santé publique de Montréal, 2013.

«Percée santé dans les dépanneurs», dans le quotidien Le Devoir, Isabelle Porter, 19 septembre 2015.