Sortir à Montréal au début du 20e siècle

Que fait-on ce soir? Cette question, toujours actuelle, plusieurs Montréalais se la posent au début du 20e siècle, encouragés par l’éclosion de nombreux lieux culturels le long des grandes artères de notre ville.

Cinéma?
Pourquoi ne pas tenter une nouvelle expérience en allant au cinéma? En 1906, Ernest Ouimet vient d’ouvrir le premier établissement exclusivement consacré au 7e art. Situé au coin des rues Sainte-Catherine et Montcalm, son Ouimetoscope connaît un succès rapide en présentant un programme constitué de plusieurs très courts-métrages, entrecoupés d’entractes comiques ou d’intermèdes musicaux. On y présente des « vues animées » amusantes ou dramatiques qui portent des noms évocateurs comme Les espiègleries du garçon pâtissier, Madame porte la culotte, L’amoureux de la cuisinière, L’âne lutteur, Les chevaux boxeurs, Le mari infortuné ou La perruque fatale.

R3153-2_1204E-012Au programme du Ouimetoscope
Les foules sont ravies et émues par ce nouvel art des plus réalistes. Dans le programme officiel qu’émet chaque semaine le Ouimetoscope, on décrit le film Enseveli dans les sables mouvants comme «un tableau terrifiant et réaliste du danger de ces sables mouvants que l’on rencontre en Europe et dans certains pays. Comme récompense de son dévouement, nous voyons le chemineau s’enfoncer de plus en plus dans les sables meurtriers et disparaître, malgré ses appels désespérés, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que sa main, au-dessus des sables affreux».

De nouvelles salles
En 1906, deux représentations ont lieu chaque jour : la première à 14 h 15 et la seconde à 20 h 15. Devant ce succès instantané, plusieurs compétiteurs vont rapidement tenter leur chance, parmi lesquels Georges Gauvreau, qui fait construire en 1907 un nouveau cinéma, le Nationoscope. Ernest Ouimet fera agrandir cette même année le Ouimetoscope, qui pourra désormais accueillir 1 200 personnes. D’autres salles verront le jour, comme le Laurier Palace, inauguré en 1912 et tristement célèbre pour le tragique incendie qui y surviendra en 1927.BM1-11_31op-1926_Princess-1

Vaudeville?
La salle de cinéma est complète? Pourquoi ne pas aller voir un vaudeville? Ce dernier connaît une popularité exponentielle au début du siècle chez les Montréalais. Les théâtres qui le présentent sont d’ailleurs nombreux : l’Orpheum, le Princess, le Gaiety ou l’Impérial ne sont que quelques-unes des salles bondées de la métropole, dans lesquelles on se précipite pour voir des représentations comme The chorus girl’s romance ou Why men leave home. À la série de numéros que l’on y présente viendront peu à peu se greffer là aussi des « vues animées ». Le film prendra d’ailleurs progressivement le pas sur le vaudeville, alors que plusieurs de ces théâtres se convertiront au cinéma au fil des ans. Le Princess Theatre sera ainsi du nombre, devenant plus tard le célèbre cinéma Parisien, aujourd’hui disparu.

Spectacles et publicité
Que ce soit au théâtre ou au cinéma, le spectateur est par ailleurs confronté à un phénomène toujours d’actualité, celui de la publicité. Au début du 20e siècle, chaque spectacle est déjà accompagné d’une importante entreprise de promotion de la part de commanditaires de tous horizons. Les programmes culturels de cette époque nous permettent de découvrir avec amusement la variété des produits offerts, dont certains sont aussi (sinon plus) farfelus que ceux mis de l’avant de nos jours.16643455541_c4c3115ea6_m

Si les stratégies de mise en marché au 20e siècle vous intéressent, le Musée de Lachine a réalisé en 2013 l’exposition Pour boire, il faut vendre, accessible en ligne. Découvrez un album Flickr de 69 publicités émises au XIXe et au début du XXe siècle publié par les Archives de Montréal.

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Cet article a été publié sur le site des Archives de Montréal 1913-2013

Iconographie

  • Photo à la une Ouimetoscope 1906:: Archives de Montréal cote VM-R3153-2_1204E-036
  • Photo de l’entrée du Ouimetoscope :: Archives de Montréal cote R3153-2-1204E-012
  • Publicité du théâtre Princess 1926 :: Archives de Montréal cote BM1-11-31
  • Publicité Parc Amherst 1901 :: Archives de Montréal coteBM1-11_02 72