L’économie sociale : une solution aux défis de la relève entrepreneuriale?

 

L’économie sociale est un élément essentiel de la vie économique, sociale et culturelle montréalaise. En mars dernier, conférenciers et experts du sujet se sont réunis à Montréal pour discuter des défis de la relève entrepreneuriale et du transfert des entreprises dans le milieu des coopératives. Johanne Lavoie, commissaire au Bureau de l’économie sociale à la Ville de Montréal a assisté à l’événement. Nous vous présentons l’essentiel de l’entretien qu’elle nous a accordé.

Une entrevue de Madame Johanne Lavoie, commissaire au Bureau de l’économie sociale de la Ville de Montréal.

Q : Mme Lavoie, vous avez assisté il y a quelques semaines au colloque du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM) à Montréal qui traitait des défis de la relève entrepreneuriale et du transfert des entreprises dans le milieu des coopératives. Avant d’aborder plus spécifiquement ces thèmes, parlez-nous un peu de l’économie sociale et de sa place dans le développement économique de Montréal.

JL : Le domaine de l’économie sociale regroupe l’ensemble des activités et des organismes issus de l’entrepreneuriat collectif. Elle est de propriété collective et sa finalité est de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et de rechercher le rendement financier. Dirigée par un conseil d’administration indépendant de l’État, l’entreprise d’économie sociale prend la forme d’une coopérative, d’une mutuelle ou d’un organisme à but non lucratif où l’on peut retrouver un plateau de travail où sont produits et vendus des biens ou des services par les participants salariés.

À Montréal, le secteur de l’économie sociale regroupe près de 3 600 établissements qui engendrent 61 500 emplois, soit 7 % de l’emploi total sur l’île de Montréal. Ces entreprises génèrent des revenus annuels de deux milliards de dollars (données de 2007) et bénéficient de l’apport de 100 000 bénévoles, participant aux conseils d’administration ou aux activités des établissements.

Q : Est-il vrai que la relève entrepreneuriale est préoccupante?

JL : Absolument! À l’occasion du colloque, Michel Jean, le directeur du développement des coopératives au ministère des Finances et de l’Économie, nous a fait un exposé on ne peut plus clair. D’ici 2017, 55 000 entrepreneurs prendront leur retraite et seulement 35 000 nouveaux entrepreneurs arriveront sur la scène. Comment combler cet écart de 20 000? La formation et le soutien aux entrepreneurs font partie de la solution. Plus encore, la promotion de la formule coopérative est une voie prometteuse. Pensons par exemple au rachat de l’entreprise par ses propres employés ou au rachat de l’entreprise par une autre coopérative. Actuellement, au Québec, il y aurait une vingtaine de reprises par les coopératives. C’est trop peu pour combler les besoins réels.


Q : Qu’en est-il du transfert des entreprises?

JL : Encore là, le modèle coopératif apparaît comme une solution intéressante. Un panel d’experts a discuté des différents modèles de reprise par les coopératives et des nouveaux outils d’accompagnement disponibles. Entre autres, le Groupe Coop Relève dispose des fonds nécessaires pour promouvoir la formule coopérative auprès des gens d’affaires, durant trois ans. De plus, le Fonds Alliance Coop est doté d’une enveloppe de 60 M$ pour la création et le développement de coopératives, incluant les projets de transfert. Ce qui est indispensable, car les projets de transfert d’entreprise prennent en moyenne 5 ans à se réaliser.

Q : Est-ce que d’autres mesures sont prévues pour aider le mouvement coopératif à jouer un rôle actif dans la relève et le transfert des entreprises?

JL : Oui, on sent vraiment un vent de changement en faveur de l’économie sociale. Nous avons eu la chance d’entendre Madame Élaine Zakaïb, ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec, à l’occasion d’un dîner-conférence. Elle a rappelé la prochaine mise en place de la Banque de développement qui viendra appuyer les efforts des coopératives. Aussi, le mot de la fin du colloque est allé à la présidente du CQCM et du Mouvement Desjardins, Mme Monique F. Leroux qui en a profité pour saluer l’initiative du gouvernement du Québec de faire adopter ce printemps une loi-cadre sur l’économie sociale. D’ailleurs, à peine une semaine après le colloque, la première ministre du Québec, Pauline Marois, annonçait le dépôt à l’Assemblée nationale de la loi-cadre.

Q : Concrètement, que fait Montréal en faveur des entreprises en économie sociale?

JL : En 2009, la Ville a adopté un Partenariat en économie sociale pour un développement solidaire et durable. Ainsi, l’administration municipale reconnaît l’apport de l’économie sociale à la vie économique, sociale et culturelle montréalaise ainsi que son rôle dans le développement durable de Montréal. De là a été créé le Bureau de l’économie sociale que je coordonne. Le Partenariat est la pierre d’assise qui donne au Bureau les coudées franches pour mieux faire connaître l’économie sociale, valoriser son rôle et sa place dans les dynamiques territoriales et sectorielles de Montréal, et aussi pour faire connaître son importance en matière de création de richesses.

Q : Comment entrevoyez-vous l’avenir de l’économie sociale à Montréal?

JL : Comme je vous le mentionnais, on ressent vraiment un vent de changement. Depuis 2009, le Partenariat nous permet d’agir concrètement sur le terrain. Toutefois, si la loi-cadre du gouvernement du Québec est adoptée ce printemps, comme je le souhaite, nous pourrons encore mieux répondre aux besoins et aux aspirations des acteurs de l’économie sociale sur notre territoire et relever avec succès les défis de la relève et du transfert des entreprises.

Merci pour cette entrevue Madame Lavoie.